Le 3 janvier 2026, des forces américaines pénétraient au Venezuela, capturaient Nicolás Maduro et son épouse Cilia Flores, puis transféraient le président vénézuélien vers les États-Unis pour qu’il y réponde d’accusations pénales. Moins de huit mois plus tard, Washington et Caracas négocient non plus les modalités d’une confrontation, mais celles de l’exploitation à très long terme d’une partie considérable du sous-sol vénézuélien.
Entre ces deux dates, quelque chose de plus profond qu’un changement de gouvernement s’est produit.
Le Venezuela n’est pas devenu un allié des États-Unis. Le chavisme n’a pas disparu. Les antagonismes accumulés depuis un quart de siècle n’ont pas été effacés. Mais la relation entre les deux pays a changé de nature. À la confrontation idéologique, aux sanctions, aux saisies d’actifs et finalement à l’usage direct de la force succède progressivement une relation transactionnelle dans laquelle le pétrole redevient ce qu’il avait été avant de devenir un instrument de rupture : le principal langage commun entre Caracas et Washington.
L’accord annoncé fin août donne toute sa dimension à cette transformation. Dix-sept champs pétroliers représentant environ 65 milliards de barils de réserves prouvées sont concernés par des concessions de cent ans accordées à North American Blue Energy Partners. L’architecture présentée par Washington prévoit parallèlement une participation américaine de 35 % dans la société mère de l’opérateur, ainsi qu’un accès garanti à une partie de la production. Chevron prépare de son côté l’extension de ses activités dans le pays.
Quelques mois après l’opération qui a renversé l’équilibre politique vénézuélien, les États-Unis ne se contentent donc plus de sanctionner ou d’acheter le pétrole du Venezuela. Ils cherchent à s’inscrire dans l’organisation même de sa production future.
Cette évolution pose une question qui dépasse largement le Venezuela : que reste-t-il d’une confrontation idéologique lorsque les intérêts stratégiques des adversaires recommencent à converger ?
De Chávez à Maduro : le pétrole comme instrument de souveraineté
Pour comprendre la portée du retournement actuel, il faut revenir au début du siècle.
Lorsque Hugo Chávez arrive au pouvoir en 1999, le Venezuela possède déjà l’une des relations énergétiques les plus étroites du continent avec les États-Unis. Le pétrole vénézuélien traverse depuis longtemps la mer des Caraïbes pour alimenter les raffineries américaines du golfe du Mexique. Cette proximité n’est pas seulement géographique. Une partie de l’appareil de raffinage américain a été conçue pour traiter les bruts lourds caractéristiques du Venezuela.
Le chavisme ne rompt pas immédiatement cette interdépendance. Il en modifie cependant profondément la signification politique.
Le pétrole devient le socle matériel de la « révolution bolivarienne ». PDVSA, autrefois dotée d’une autonomie importante, est progressivement placée au service direct du projet politique. Les revenus pétroliers financent les programmes sociaux, soutiennent la redistribution interne et permettent à Caracas de développer une diplomatie régionale cherchant explicitement à limiter l’influence américaine.
Le Venezuela utilise alors sa rente pour construire des alliances en Amérique latine et au-delà. Cuba devient un partenaire essentiel. La Russie et la Chine prennent une place croissante dans l’économie et l’armement du pays. L’Iran devient progressivement un autre partenaire stratégique.
Le pétrole n’est plus seulement une ressource économique. Il devient une infrastructure de politique étrangère.
Mais cette stratégie comporte une contradiction fondamentale : plus l’État dépend de PDVSA pour financer son modèle politique, plus il prélève sur l’entreprise les ressources qui auraient dû permettre d’entretenir les installations, renouveler les équipements, préserver les compétences et investir dans de nouvelles capacités.
Les effets sont progressifs puis spectaculaires.
La production pétrolière s’effondre au cours des années suivantes. Selon l’Energy Information Administration américaine, le Venezuela produisait encore 742 000 barils de brut par jour en 2023, soit environ 70 % de moins qu’en 2013. Dans le même temps, le pays conservait environ 303 milliards de barils de réserves prouvées — les plus importantes au monde.
Le paradoxe vénézuélien était désormais installé : un État extraordinairement riche en pétrole devenait incapable d’en extraire suffisamment.
Le temps des sanctions
Après la mort de Chávez en 2013 et l’arrivée de Nicolás Maduro, la crise économique et politique s’aggrave.
Washington durcit progressivement sa politique. Les sanctions américaines contre des responsables vénézuéliens existent depuis les années 2000, mais leur portée change radicalement à partir de la seconde moitié des années 2010.
En janvier 2019, les États-Unis sanctionnent PDVSA. Les importations américaines de brut vénézuélien s’interrompent rapidement.
Le choix est stratégique : frapper la principale source de devises de l’État pour réduire sa capacité à financer son appareil politique.
Mais les sanctions ne provoquent pas l’effondrement immédiat du régime.
Caracas réorganise ses circuits commerciaux. La Chine reste un acteur majeur. La Russie conserve des intérêts. L’Iran fournit notamment des produits nécessaires au fonctionnement du secteur pétrolier et des raffineries. Des intermédiaires, des mécanismes de contournement et de nouveaux circuits commerciaux permettent au Venezuela de continuer à exporter une partie de sa production.
La pression économique est considérable, mais elle ne produit pas le changement politique recherché.
Une autre contradiction apparaît alors : les sanctions affaiblissent le Venezuela, mais elles réduisent également l’accès des entreprises américaines à l’un des plus grands ensembles pétroliers de la planète.
Washington commence progressivement à corriger cette situation.
En 2022, Chevron reçoit une autorisation lui permettant de reprendre certaines opérations et exportations. À partir de janvier 2023, du brut vénézuélien recommence à arriver dans les raffineries américaines.
La relation énergétique n’a donc jamais totalement disparu. Elle survit à la confrontation politique.
Et cette continuité deviendra essentielle après janvier 2026.
3 janvier 2026
La rupture intervient brutalement.
Après plusieurs mois de pression militaire américaine dans les Caraïbes, Donald Trump autorise une opération contre Nicolás Maduro. Dans la nuit du 2 au 3 janvier, les forces américaines frappent plusieurs objectifs et conduisent une opération spéciale au cœur de Caracas.
La préparation est considérable. Les États-Unis ont accumulé des capacités militaires dans la région. Les renseignements américains disposent d’informations précises sur les déplacements du président. Les forces spéciales se sont entraînées sur une reproduction de sa résidence.
Maduro et Cilia Flores sont capturés.
Quelques heures plus tard, ils sont sous contrôle américain.
L’événement constitue une rupture majeure dans l'histoire contemporaine de l’Amérique latine. Il pose immédiatement des questions de souveraineté, de droit international et de légalité de l’intervention américaine. Pour Washington, l’opération est présentée comme l’exécution d’une action contre un dirigeant poursuivi par la justice américaine. Pour ses critiques, elle constitue l’enlèvement par la force du chef d’un État souverain.
Mais l’effet le plus surprenant apparaît ailleurs.
Le système chaviste ne s’effondre pas.
Maduro disparaît, le chavisme demeure
C’est probablement l’élément essentiel pour comprendre la suite.
La capture de Nicolás Maduro aurait pu ouvrir une période de démantèlement du régime. Elle produit au contraire une transition beaucoup plus ambiguë.
La Cour suprême vénézuélienne ordonne à la vice-présidente Delcy Rodríguez d’assumer la présidence par intérim afin d’assurer la continuité de l’État.
Rodríguez n’est pourtant pas une figure extérieure au système Maduro. Elle en est l’un des personnages centraux. Son frère Jorge Rodríguez préside l’Assemblée nationale. Diosdado Cabello reste une figure majeure de l’appareil politique et sécuritaire. Vladimir Padrino López demeure au cœur de l’institution militaire.
Autrement dit, Washington retire Maduro mais ne détruit pas l’architecture politique construite autour de lui.
Cette continuité peut sembler paradoxale. Elle répond pourtant à une logique de stabilité.
Démanteler brutalement l’appareil d’État aurait ouvert une période d’incertitude considérable : fragmentation des forces armées, rivalités entre factions, désorganisation administrative, risques sécuritaires et interruption supplémentaire de la production pétrolière.
Le choix qui se dessine est différent : transformer progressivement le comportement du système plutôt que supprimer immédiatement le système lui-même.
C’est là que le pétrole devient central.
Du régime des sanctions au régime des licences
À peine quelques semaines après la capture de Maduro, l’administration américaine commence à modifier profondément l’environnement économique du Venezuela.
Le 29 janvier, l’Office of Foreign Assets Control publie une nouvelle licence autorisant certaines activités impliquant du pétrole d’origine vénézuélienne.
D’autres suivent.
En février puis en mars, le cadre s’élargit progressivement : achat, exportation et transport du pétrole ; fourniture de biens et de services nécessaires à l’industrie ; discussions contractuelles ; opérations pétrolières et gazières ; puis nouveaux investissements pour certaines entreprises.
Ce changement est fondamental.
Le système de sanctions avait été construit pour empêcher le Venezuela d'utiliser normalement son pétrole dans l’économie mondiale. Le nouveau système vise progressivement à permettre sa réintégration, mais dans une architecture dont Washington conserve une capacité importante de contrôle.
Dès janvier, les responsables américains expliquent vouloir superviser les ventes de pétrole et les revenus correspondants afin de stabiliser l’économie et d’encadrer la transition. En février, le secrétaire américain à l’Énergie Chris Wright affirme que plus d’un milliard de dollars de pétrole vénézuélien ont déjà été vendus sous ce nouveau dispositif et que plusieurs milliards supplémentaires pourraient suivre.
Une grande partie de ce brut prend la direction des États-Unis.
Le changement de paradigme est alors presque complet.
Pendant des années, Washington avait tenté de réduire les revenus pétroliers du Venezuela pour affaiblir son gouvernement. Il cherche désormais à augmenter ces revenus afin de stabiliser le pays — tout en conservant une influence sur leur circulation.
Pourquoi le Venezuela reste indispensable
L’intérêt américain ne s’explique pas uniquement par la taille des réserves.
Les quelque 303 milliards de barils de réserves prouvées du Venezuela représentent environ 17 % des réserves mondiales selon les données citées par l’EIA. Mais posséder du pétrole dans le sous-sol n’équivaut pas à disposer immédiatement de pétrole commercialisable.
Une grande partie des réserves vénézuéliennes se trouve dans la ceinture de l’Orénoque et se compose de brut extra-lourd.
Ce pétrole est visqueux. Il nécessite des diluants pour être transporté. Son extraction et sa transformation demandent des infrastructures spécifiques, du capital, des compétences techniques et des installations de raffinage adaptées.
Or c’est précisément ici que les intérêts américains et vénézuéliens se rejoignent.
Le Venezuela possède la ressource mais manque de capitaux, d’équipements et d’une partie des compétences nécessaires pour restaurer rapidement son industrie.
Les États-Unis possèdent le capital, les technologies, les entreprises de services et surtout un appareil de raffinage du golfe du Mexique historiquement adapté aux bruts lourds.
Ce qui était autrefois une interdépendance commerciale redevient ainsi une complémentarité industrielle.
Le grand accord
L’annonce du 28 août 2026 change néanmoins d’échelle.
Le dispositif porte sur 17 champs pétroliers situés notamment dans la ceinture de l’Orénoque et autour du lac Maracaibo. Ensemble, ils représenteraient environ 65 milliards de barils de réserves prouvées.
C’est plus que l’ensemble des réserves prouvées actuellement attribuées au territoire américain.
Les autorités vénézuéliennes ont accordé à North American Blue Energy Partners des concessions d’une durée annoncée de cent ans sur ces actifs. Le gouvernement américain doit parallèlement obtenir une participation de 35 % dans la société mère de l'opérateur par l’intermédiaire de l’Office of Strategic Capital du Pentagone.
Le dispositif prévoit également un accès américain privilégié à une partie de la production : environ 20 % de la production pourrait être acquise au coût prévu par l’accord, avec des droits supplémentaires sur les volumes restants.
Caracas présente de son côté l’ensemble comme un programme susceptible d’attirer environ 100 milliards de dollars d’investissements et de générer à terme des recettes fiscales considérables.
L’objectif de production évoqué atteint 1,5 million de barils par jour pour les actifs concernés.
Mais ces chiffres doivent être considérés comme des objectifs, non comme des résultats acquis.
Entre des réserves géologiques et une production commerciale se trouvent des puits, des pipelines, des terminaux, des installations électriques, des diluants, des raffineries, des techniciens, des contrats, du financement et surtout du temps.
Le Venezuela manque d’une partie de chacun de ces éléments.
Chevron, l’autre accord
L’accord gouvernemental spectaculaire ne doit pas masquer une évolution peut-être plus immédiatement importante : le retour en force des opérateurs industriels.
Chevron n’a jamais complètement quitté le Venezuela. Cette continuité lui confère aujourd’hui un avantage exceptionnel.
L’entreprise prépare désormais l’extension de ses opérations. Son principal projet, Petropiar, devrait notamment pouvoir s’étendre vers le bloc adjacent Ayacucho 8. D’autres actifs sont en discussion.
Chevron n’est pas seule.
Eni, ONGC, GeoPark et GE Vernova figurent parmi les entreprises engagées dans différents projets énergétiques. Le Venezuela a parallèlement modifié son cadre pétrolier afin d’offrir davantage de flexibilité aux opérateurs étrangers pour développer les champs, commercialiser la production et récupérer les recettes.
La reconstruction du secteur ne repose donc pas sur un accord unique. Un nouvel écosystème est progressivement mis en place.
C’est probablement là que se situe le véritable changement structurel.
Le Venezuela ne cherche plus seulement des acheteurs pour son pétrole.
Il cherche des investisseurs capables de le produire.
Pourquoi Washington veut ce pétrole
L’explication la plus simple serait de considérer que les États-Unis veulent les réserves vénézuéliennes parce qu’elles sont immenses.
Elle est insuffisante.
Les États-Unis sont eux-mêmes l’un des principaux producteurs mondiaux de pétrole. Leur problème n’est donc pas simplement un manque de ressources.
Le Venezuela apporte autre chose : un pétrole différent, situé à proximité immédiate du marché américain et intégré à une géographie énergétique qui prend une importance nouvelle.
Le contexte international de 2026 renforce considérablement cette dimension.
Les perturbations au Moyen-Orient et autour du détroit d’Ormuz ont rappelé la vulnérabilité des chaînes pétrolières mondiales. Dans cet environnement, la valeur stratégique d’un baril ne dépend plus seulement de son coût de production. Elle dépend aussi de sa localisation, de la sécurité de son transport et de la stabilité politique de son fournisseur.
Le Venezuela se trouve à quelques jours de navigation des raffineries américaines du Golfe.
À l’échelle de la sécurité énergétique, cette géographie est difficile à reproduire.
Le Canada, les États-Unis, le Mexique, le Guyana, le Brésil, l’Argentine et désormais potentiellement un Venezuela réintégré constituent ensemble un espace énergétique américain d’une profondeur considérable.
L’enjeu dépasse donc Caracas.
Il concerne la réorganisation géographique de l’approvisionnement énergétique mondial.
Chine et Russie : l’autre dimension du rapprochement
Il existe enfin une lecture géopolitique.
Pendant les années de confrontation entre Washington et Caracas, le Venezuela s’est tourné vers les puissances disposées à lui offrir des capitaux, des armes, des débouchés ou un soutien diplomatique.
La Chine est devenue un créancier et un partenaire commercial majeur. La Russie a développé des relations militaires, politiques et énergétiques importantes. L’Iran a contribué au maintien de certaines capacités pétrolières et de raffinage.
Ce rapprochement n’était pas seulement le produit d’une affinité idéologique. Il résultait également de la fermeture progressive de l’espace occidental au Venezuela.
Le retour américain modifie cette équation.
Les nouvelles licences américaines comportent d’ailleurs des restrictions spécifiques concernant certaines opérations associées à la Russie, à l’Iran ou à des entités contrôlées par des acteurs chinois.
L’énergie devient ainsi l’un des instruments d’une réorientation géopolitique.
Washington ne cherche pas simplement à obtenir du pétrole.
Il cherche à modifier l’écosystème dans lequel ce pétrole est produit, financé et vendu.
Une paix sans réconciliation
Il serait pourtant prématuré de parler de normalisation complète.
Les contentieux politiques demeurent considérables. Le statut de la transition vénézuélienne reste incertain. Les discussions politiques doivent reprendre à la mi-septembre. La question d’élections pleinement compétitives reste ouverte.
La légalité et la légitimité de l’intervention américaine du 3 janvier continueront également à peser sur la relation.
L’accord pétrolier lui-même soulève des interrogations.
Une concession de cent ans portant sur plusieurs dizaines de milliards de barils dépasse l’horizon de presque tous les gouvernements actuellement en place. Sa stabilité dépendra du droit vénézuélien, de l’évolution du régime politique, de la capacité des investisseurs à mobiliser des dizaines de milliards de dollars et de la volonté des futurs gouvernements de respecter les engagements pris aujourd’hui.
Les grandes compagnies pétrolières américaines ne se précipitent d’ailleurs pas toutes vers Caracas. ExxonMobil et ConocoPhillips connaissent particulièrement bien le risque vénézuélien : leurs actifs avaient été nationalisés sous Chávez.
Le pétrole peut réconcilier des intérêts.
Il n’efface pas la mémoire du risque politique.
Ni victoire américaine, ni capitulation vénézuélienne
L’histoire pourrait être racontée comme une victoire totale de Washington.
Après des années de sanctions, les États-Unis ont capturé Nicolás Maduro, imposé un nouveau rapport de forces et obtenu quelques mois plus tard un accès privilégié à une partie des plus grandes réserves pétrolières du monde.
Cette lecture contient une part de réalité.
Mais elle est incomplète.
Le système politique chaviste n’a pas disparu. Delcy Rodríguez dirige toujours l’État. L’appareil administratif, militaire et politique demeure largement en place. Et le Venezuela conserve juridiquement la souveraineté sur ses ressources.
Caracas obtient également quelque chose de considérable : la possibilité de sortir progressivement de l’isolement économique, d’attirer de nouveau des capitaux étrangers, de restaurer une industrie pétrolière profondément dégradée et de retrouver des revenus capables de stabiliser une économie éprouvée par des années de crise.
La relation est profondément asymétrique.
Elle n’est pas pour autant unilatérale.
Le retour de la géographie
L’histoire entre les États-Unis et le Venezuela semble ainsi revenir à son point de départ, mais dans un monde différent.
Avant Chávez, les deux pays étaient liés par une évidence géographique et industrielle : le Venezuela produisait un pétrole dont les États-Unis avaient besoin, et les États-Unis disposaient du marché, des raffineries et des capitaux dont le Venezuela avait besoin.
La révolution bolivarienne avait tenté de transformer cette interdépendance en instrument d’autonomie politique.
Les sanctions américaines avaient ensuite tenté de la briser.
Ni l’une ni l’autre stratégie n’a supprimé la réalité géographique.
Le Venezuela demeure au sud de la mer des Caraïbes. Ses immenses réserves demeurent dans la ceinture de l’Orénoque. Les raffineries américaines demeurent de l’autre côté du golfe du Mexique.
Après vingt-cinq années d’affrontement, cette géographie recommence à imposer sa logique.
Mais l’accord de 2026 va plus loin que le retour d’un commerce ancien. Washington cherche désormais à inscrire son influence directement dans l’architecture de production du pétrole vénézuélien. Caracas, de son côté, accepte une présence économique américaine qu’une grande partie du récit chaviste avait précisément été construite pour combattre.
C’est ce qui rend le moment historique.
Le 3 janvier, les deux pays semblaient atteindre le point culminant d’un quart de siècle de confrontation.
Huit mois plus tard, ils organisent ensemble l’exploitation de dizaines de milliards de barils.
Ce n’est pas une réconciliation idéologique. Ce n’est peut-être même pas une réconciliation politique.
C’est quelque chose de plus ancien et, probablement, de plus durable : la reconnaissance que la géographie, l’énergie et les intérêts économiques peuvent survivre aux régimes, aux sanctions et aux antagonismes.
Entre Washington et Caracas, la paix n’a pas encore été signée.
Mais le pétrole, lui, a déjà recommencé à circuler.
Sources principales
- U.S. Department of the Treasury, Office of Foreign Assets Control (OFAC), licences générales et FAQ relatives au Venezuela, janvier–août 2026.
- White House, Fact Sheet: President Donald J. Trump Announces Historic Oil Agreement to Secure American Energy Dominance and Drive Venezuela’s Economic Recovery, 31 août 2026.
- U.S. Energy Information Administration, Venezuela Country Analysis.
- Reuters, couverture de l’opération américaine du 3 janvier 2026, de la transition politique vénézuélienne et des accords énergétiques Venezuela–États-Unis, janvier–septembre 2026.
- Reuters, analyse de la structure du nouvel accord pétrolier américano-vénézuélien, 31 août 2026.
Bureau de recherche Atlas Limits
Bureau éditorial et analytique d’Atlas Limits.


